Posté devant la porte du studio de la Fonderie, on se sent comme le petit Charlie attendant de pénétrer dans la mystérieuse fabrique de M. Wonka. Bien sûr, les effluves de cacao émanant des usines Chocolat Villars, à quelques mètres de là, n’y sont pas pour rien. Mais on éprouve également la curiosité trépignante de découvrir ces lieux desquels tant d’artistes de la région sont ressortis un album à la main. Au livre d’or de ce studio d’enregistrement figurent en effet des groupes comme Beautiful Leopard, Underschool Element ou encore Thierry Romanens. Découverte et visite d’un Abbey Road fribourgeois.
A peine le seuil du studio franchi, on se sentirait presque l’âme d’un rockeur des glorieuses sixties. Au sol, quelques guitares. Dans le coin, un piano Steinway and Sons. Déco et vitres arrondies rappellent un peu Orange mécanique filmé par Kubrick. Mais la technologie a depuis longtemps rattrapé l’héritage des années soixante. Sur tous les murs, la texture est spécialement étudiée pour diffuser le son de manière optimale et, au fond de la pièce, trône une table de mixage munie d’assez de boutons pour faire atterrir un Boeing. Tout ce décor a été planté là en 2005 par trois amis, Sacha Ruffieux, Pascal Hirt et Florian Pittet, tous trois ingénieurs du son.
La plupart de leurs clients sont des groupes de rock ou de jazz qui viennent enregistrer un album ou graver une maquette. « On fait également de la post-prod vidéo, des spots pour la radio ou de la pub pour des entreprises, ajoute Sacha Ruffieux, mais ce n’est pas notre activité principale ». Au fil de ces trois années, de nombreux artistes sont venus jouer à la route de la Fonderie. De quelles productions sont-ils le plus fiers? « De toutes! », répond spontanément Pascal Hirt. Sacha Ruffieux, quant à lui, avoue une petite préférence pour les albums de Kassette et Berserk For Tea Time, sortis en 2007. Secrétement, les trois compères rêveraient de recevoir un jour dans leurs locaux Paul McCartney ou feu Jeff Buckley.
Au détour des couloirs du studio, on croise les membres du duo Homeless Palace venus enregistrer leur rock sombre et poétique. Les deux musiciens sont attablés devant la console de mixage, occupés à équilibrer fréquences et amplitudes. « Finalement, faire un album c’est un peu comme faire la cuisine », se met à imager Sacha Ruffieux. « On mélange tous les ingrédients séparément pour qu’au final cela donne quelque chose de comestible ». Il arrive ainsi souvent que les différents instruments soient enregistrés sur des pistes séparées avant d’être réunis au montage. « De cette manière, on perd un peu en spontanéité mais cela permet d’avoir un résultat plus abouti techniquement » explique Florian Pittet, qui est spécialisé jazz et musique acoustique.
Bien sûr, la musique est aussi un commerce et les musiciens des clients. A la Fonderie, le tarif officiel varie en fonction du nombre de jours qu’il faudra pour l’enregistrement. « Et pour les décisions concernant la production de l’album, c’est bien sûr celui qui paie qui a le dernier mot », commente Pascal Hirt. Puis, à la fin de la visite, on recroise musiciens et ingénieurs, une partition dans une main et une cigarette dans l’autre. Ça parle mélodie et arrangements. La musique a repris ses droits.